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LA PEDAGOGIE DE L’ENTRAIDE
La célèbre maxime
calligraphiée de J. KANO : JITA YUWA KYOEI nous indique que c’est
par une recherche intérieure, une discipline mentale qui demande
une transformation de notre comportement, une prise de conscience que
nous pouvons nous réconcilier et participer à la félicité
et à la prospérité mutuelle. Cette prise de conscience,
ce regain de lucidité sont rendus possible grâce aux autres.
Et en terme de réconciliation,
les séances de judo proposent une méthode efficace. A peine
le seuil du dojo franchi, le salut du début ayant ouvert le cours,
nous sommes invités à pratiquer, à faire des exercices
physiques, sans deviser, ni critiquer.
Certains exercices sont agréables, d’autres le sont moins,
le judoka, lui, est invité à cultiver les pensées
positives, à prendre le positif de chaque situation et, par son
engagement, il va enrichir ces quelques heures partagées par sa
participation sincère à la séance.
Pourtant les cours et les séances ne sont pas équivalents
; nous ne sommes pas non plus constants dans nos comportements ; mais
nous cultivons en tant que judokas cette discipline mentale qui consiste
« à positiver », le temps que dure cet intervalle du
cours ou de l’entraînement.
Ce training mental, proche de l’autosuggestion, fait complètement
partie de la formation du judoka. Il nous apprend une autre modalité
de fonctionnement, plus spontanée, où l’observation
et l’action sont premières, la sensation jouant un rôle
de guide essentiel. Cette approche permet de lever bon nombre d’inhibitions
liées à notre éducation et à notre vie sédentaire.
Elle est renforcée par l’environnement symbolique du dojo.
Le salut de début et de fin de séance ; le salut du partenaire
au début et à la fin de chaque exercice ; ils participent
à une ambiance de confiance mutuelle et de respect. Ce sont ces
gardes fous de la pratique qui indiquent clairement qu’au-delà
de la technique, c’est la compréhension des concepts et l’étude
des principes qui feront que le judo sera peut être plus qu’un
sport.
Beaucoup d’observateurs extérieurs à la pratique ne
conçoivent pas aisément que le combat puisse mener à
autre chose que l’affrontement et la confrontation agressive, violente.
Et en effet il n’est pas facile d’expliquer que la relation
entre deux adversaires que tout semble opposer, va en réalité
les rendre complémentaires et interdépendants.
Et pourtant, dès les premières leçons nous en faisons
l’expérience. Pour apprendre les premières techniques
nous devons aider notre partenaire en assumant nos craintes de mal tomber.
Ce minimum de confiance généreusement offert va nous permettre
de le projeter à notre tour. Un peu plus tard, c’est cette
relation trop tendue, trop raide qu’il va falloir apprivoiser, dégauchir
en acceptant de se critiquer positivement et mutuellement. Quelle curieuse
expérience mainte fois observée par le professeur, lorsque
deux élèves s’invectivent en arguant que l’autre
– bien entendu – ne sait pas se comporter comme un bon partenaire.
Ces expériences en miroir de soi même, quel que soit l’âge,
sont véritablement implacables.
Un peu plus tard c’est dans la pratique du randori que nous serons
à nouveau confrontés à l’expérience,
à la prise de conscience. La diversité des partenaires nous
procurera l’occasion de nous ajuster, de parfois se mettre à
la portée des autres ou d’être mis en demeure de nous
dépasser. L’opportunité de saisir le sens du randori
nous sera ainsi offerte, confirmant ce qu’aiment parfois à
dire les judokas : pour faire un bon randori, il faut être deux…
Mais le bénéfice mutuel et immédiat que nous retirons
tous d’une bonne séance de judo, c’est le plaisir et
l’enthousiasme, cette énergie positive dont nous nous sommes
rechargés.
Finalement la séance de judo n’aura été qu’un
sas, qu’un intervalle mais dont nous ressortons meilleurs, plus
généreux, plus positifs dans nos pensées et nos intentions.
Sommes nous capables ensuite de prolonger cet état et d’en
faire bénéficier notre entourage social plus longtemps ?
C’était peut être le pari que nous proposait Jigoro
KANO en son temps.
Lors des MONDO dans le cadre du projet judo, les ceintures noires, les
professeurs, les dirigeants échangent leurs expériences
et décrivent les engagements que les clubs assument déjà
dans la vie de la cité : accueil des jeunes, transmission des valeurs
et des bases de notre discipline, mais aussi participation avec d’autres
associations à de nombreuses actions humanitaires, sociales, caritatives…
Aujourd’hui le judo comme la plupart des sports est bien présent
et participe aux grandes thématiques qui sont autant de challenges
que nous devons relever : insertion, politique de la ville, santé,
éducation, famille, renforcement des liens sociaux, etc.
L’engagement des clubs et la participation de nos judokas est en
concordance avec nos valeurs et illustrent par des actions concrètes
le principe d’entraide et de prospérité mutuelle.
Patrick Roux, Judo Magazine
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