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Quand peux-t-on parler de sport, quand peux-t-on parler d’art martial?
Qu’est que le sport, qu’est ce qu’un art martial? Comment
distinguer l’un de l’autre?
Pour Pierre Parlebas, éminent sociologue, le concept de sport répond
à trois critères. Il s’agit d’une:
- pratique motrice, ce qui exclu les jeux de société par
exemple (échecs,...).
- avec compétition, donc règlement, arbitrage.
- institutionnalisée, c'est à dire organisée par
une ou plusieurs institutions (clubs, fédération, ministère...)
Les pratiques ne répondant pas simultanément à ces
trois critères ne seraient donc pas des sports. Remarquons au passage
que cette définition évolue au fil des générations,
d’autant plus que la notion récente de « sport-loisir
» met entre parenthèse la pratique compétitive.
Rappelons que le mot “sport” vient de l’ancien Français
“desport” qui signifiait “amusement”, et que le
sport moderne s’ est développé, avant Coubertin, dans
les collèges anglais du siècle dernier, comme devant faire
partie de l’ éducation des jeunes gens de la bonne société...
Les arts martiaux quant à eux descendent des techniques guerrières
(jutsu) des Samouraï, pratiques qui se sont transformées,
euphémisées, pour devenir des arts. Ceux-ci étant
organisés dans notre pays à l’égal de sport,
on peut comprendre la confusion qui règne dans les esprits quant
on parle d’art martial, confusion alimentée par les médias
qui présentent des démonstrations qui font plutôt
penser à du cirque.
Dans son numéro de février 98, la revue Karaté Bushido
a présenté un dossier intitulé “Art martial
ou sport de combat: comment faire la différence?”. Les journalistes
de cette pourtant sérieuse revue ont essayé de classer les
différentes disciplines dans une case ou dans l’autre. Il
y avait également un tableau pour aider le lecteur ignare à
reconnaître un club de sport de combat d’un “vrai”
Dojo... Comme si cela devait sauter aux yeux !
A la même époque, dans sa conférence du Paris Taïkaï
de Kendo, Kenji Tokitsu, professeur de Karaté, sociologue, et théoricien
des arts martiaux nous informe qu’il existe au Japon une expression
pour dire que quelqu’ un pratique le Kendo (ou le Judo, ou le Karaté-do...)
en tant que sport ou en tant que Budo. Pour lui la différence fondamentale
entre sport et Budo est l’utilisation du KI, cette mystérieuse
force mentale que l’on acquiert par une pratique intense et régulière.
Mais la perception du KI n’apparaît certainement que chez
les personnes qui eux-même recherchent autre chose qu’une
simple pratique motrice, compétitive, institutionnalisée.
Le KI serait plutôt la conséquence interne de la pratique.
S’il faisait partie de la discipline, quelle qu’elle soit,
il apparaîtrait dès les premières séances....
Pour conclure après ces quelques arguments (mais on pourrait en
écrire des livres) disons pour être bref, que dans tout art,
même martial, la technique est au service de votre talent (finalité
interne), mais que dans le sport, votre talent est au service de la technique
(finalité externe).
Jacques Riguidel
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