Randori |
Randori
est un mot composé de deux caractères. Le premier, ran,
est, graphiquement, divisé en deux parties : celle de gauche représente
l'action de tirer sur un fil sur ses deux extrémités en
même temps tandis que celle de droite signifie soit que cette situation
est figée soit que l'on agit pour la régler. Leur association
figure l'action de s'occuper des deux mains de fils enchevêtrés.
Il véhicule ainsi une idée de désordre, de trouble,
de confusion. En fait, il représente tout ce qui ne suit pas la
logique, la raison et c'est pourquoi il peut, selon les circonstances,
être traduit par désordre, insurrection, guerre, dérèglement,
enchevêtrement, complication. Randori est un terme qui connaît deux acceptations. La première est très ancienne et désigne l'action de faire irruption en territoire ennemi et le piller, le saccager. En d'autres termes : semer le désordre et s'emparer des oreilles. En revanche, la seconde, c'est à dire son acceptation en tant qu'exercice de jûdô qui consiste à ce que chacun des partenaires porte librement ses techniques est, elle, tout à fait récente. Dans les écoles traditionnelles
de jûjutsu, l'entraînement se limitait à l'étude
des kata, propres à chaque école, c'est à dire à
la répétition de situations codifiées où chaque
partenaire joue un rôle prédéfini, uke ou tori. Au
moment de la Restauration impériale (1868), de nombreuses écoles
ferment et certains des dirigeants des survivantes éprouvent le
besoin de se lancer dans un travail de recensement et de sauvegarde de
toutes les formes qu'ils peuvent retrouver avant que les derniers représentants
de ces styles n'aient tous disparus. C'est en réfléchissant
à cet apport nouveau de techniques et en essayant de déterminer
quelles en sont les logiques d'attaque, de contre et de défense
par une méthode d'essais et erreurs que ces "pratiquants archivistes"
en arrivent à une situation d'exercice libre. Le randori est né.
Les maîtres de chacune des deux écoles dans lesquelles Kanô
Jigorô étudie le jûjutsu à partir de 1877 ont
tous deux parfaitement perçu l'intérêt de cette nouvelle
forme d'entraînement et la proposaient à leurs élèves
en complément des kata. Le nom alors utilisé n'est pas certain
et même s'il s'agissait du terme de randori, seuls les pratiquants
de quelques rares écoles devaient en percevoir le sens. Randori peut donc être compris comme "prendre une saisie ferme et s'imposer sur le partenaire en semant le désordre dans ses positions" mais il s'agit plutôt, sans exclusion cependant, de "prendre des positions fortes (lancer des techniques) sans ordre, sans logique préétablie" ou de "l'alternance aléatoire des positions fortes".
Yves Cadot, Judo Magazine 187,
juil-août. 2000. |
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