Grades

Les grades utilisés dans la plupart des arts martiaux aujourd’hui sont, comme en jûdô, les « kyû » et les « dan ». Pourtant, il s’agit d’une invention de Kanô Jigorô, le fondateur de notre discipline, mise en place dès l’ouverture de son école, le Kôdôkan, en 1882. Ce système a eu tellement de succès — au delà même du cadre du jûdô ou des milieux martiaux — que les autres arts martiaux qui se structurèrent bientôt, à commencer par le kendô en 1917, l’adoptèrent.

Kyû est un caractère composé de deux parties. Celle de droite est une combinaison graphique symbolisant la main qui saisit dans le dos un homme qui s’enfuit et que l’on poursuit. Il s’agit de poursuivre quelqu’un de trace en trace jusqu’à l’atteindre. La partie gauche représente le fil et l’association de ces deux éléments signifie que quand, sur le métier à tisser, on passe le fil pas à pas sans brûler les étapes, une étoffe complète se forme. Kyû, c’est donc faire les choses méthodiquement étape par étape jusqu’à la constitution d’un ensemble parfait.

Par rapport à ce sens, dan pourrait presque représenter le processus contraire. En effet, dan véhicule l’idée d’un tout divisé plusieurs fois et où ce terme désigne ces fragments : un dan représente donc une division d’un tout. Mais, dan véhicule également une idée de mouvement du haut vers le bas qui se déroule par étapes sonores. Il y a donc progression de division en division pour parcourir un espace dans sa totalité, chaque fois plus profondément. De plus, chaque étape doit être marquée et affirmée jusqu’à la faire résonner, c’est à dire jusqu’à ce qu’elle soit parfaitement possédée, avant de passer à la suivante.

Le système des kyû symbolise donc la construction progressive d’une base pour le pratiquant à partir de laquelle il pourra approfondir, de dan en dan, la pratique dans tous ses aspects.

Yves Cadot, Judo Magazine 190, janv. 2001.

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